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mardi, 02 avril 2013

J'ai voté Nicolas Sarkozy mais je dors mal depuis

Extrait du livre de François Léotard, publié en mars 2008, 10 mois après l'élection de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République Française : "Ça va mal se terminer" chez Grasset.

Lettre de François Léotard, ancien ministre qui a quitté la politique, à Nicolas Sarkosy, président de la république :

P121 « A propos, tu fais bien de ne plus parler de « La France patrie des droits de l'homme ». D'abord parce que l'Homme avec un grand H n’existe pas. C'est trop abstrait. Il y a la maman qui de crèche en crèche, de secrétariat bidon en CDD éphémère, n’arrive pas à s'en sortir et qui pleure le soir lorsque  les enfants sont couchés. Il y a le type qui gère son entreprise comme une brute et qui prépare, en douce, les millions d’euros mérités à ses yeux pour son dévouement à l'économie française. Il y a l'enseignant qui renonce parce que c'est trop dur et que, un par un, comme des naufragés, ses élèves décrochent. Il y a le jeune Beur qui vient avec sa copine à la porte d'une boîte de nuit et qui s'entend dire, dans le brouhaha de la musique et des rires, que non, elle est fermée la boîte... Et le petit vieux qui se laisse mourir et le chômeur que sa famille méprise et puis … et puis … Tu le sais bien, ce n'est pas un Homme abstrait cette collection de malheurs qu’il te faut diriger, gouverner,  conduire. Finalement, je ne sais quel est le bon terme ...

Et je me demande ce qui pousse les gens à chercher un chef, ce qu'ils attendent de ce chemin, toujours un peu dangereux, qui débouche un jour ou l'autre sur la servitude.

Et puis, nous ne sommes plus la patrie de ses droits-là. Il suffit de voir l'état de nos prisons, il suffit de savoir qu’elles sont largement peuplées de gens qui n'ont pas été condamnés, il suffit de voir la manière dont on achète des groupes de presse comme on le ferait de boîtes de sardines, et les SDF, et les petits vieux, et ces expulsés qui payaient leurs impôts depuis des années, etc. Je ne vais pas te faire la démonstration de ta nonchalance sur ces sujets. Bon. Tu ne parles plus des droits de l'homme et au fond tu as compris qu’il faudrait trouver d'autres mots … »

P126 « C’est donc lui [Montaigne], après mon insolent de frère, qui m’a poussé à ne plus jamais être sérieux avec le pouvoir. Le frère [Philippe Léotard, acteur et chanteur], lui, il chantait : « J’étais grand, j’étais, beau, j’ôtais pas mon chapeau … ». Ah, quel est ce bonheur délicieux de ne pas s’incliner ? »

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